Il n’y avait pas que Luther

samedi 10 juin 2017
par  Carol LARREY
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Louis XI recevant la première Bible imprimée en France
J.-N. Robert-Fleury, 1838
Vitrail de la Renaissance, Aile Richelieu
Palier Colbert, Louvre, Paris

La dame d’honneur bretonne
Une quinzaine d’années avant la contestation de Luther, une femme instruite se trouve au Louvre. Selon son contemporain l’érudit Guillaume Budé, Michelle de Saubonne était la femme la plus intelligente qu’il ait pu rencontrer. Elle lisait le grec et le latin, et, ne se privait pas de lire la Bible, ce qui était pourtant réservé aux ecclésiastiques. D’ailleurs, on peut se demander par quel miracle Dieu a pu mettre Sa Parole entre les mains d’une fille d’honneur de la reine. Avait-elle trouvé dans le palais parisien l’exemplaire en latin offert par Gutenberg au roi Louis XI deux générations plus tôt ?

Pour Anne de Bretagne, épouse du roi Louis XII, quelle bénédiction d’avoir une femme selon le cœur de Dieu comme Michelle auprès d’elle au moment où son fils unique décède. Par peur de manquer d’héritier pour le trône, les conseillers du Roi encouragent son mari à la remplacer. De ce fait, non seulement, Anne est accablée par le deuil, mais aussi menacée d’être répudiée et enfermée dans un couvent. Avec cela en tête, il est émouvant de se retrouver dans son oratoire au château de Loches. D’imaginer la malheureuse priant solitaire dans ce lieu étriqué et sombre est à glacer le sang.

Oratoire d’Anne de Bretagne
Reproduction, Galerie des moulages
Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris

Même avec les quelques décorations en relief, ces gros blocs de pierre semblent accentuer le désespoir de celle qui plaide sa cause devant Dieu. Trouve-t-elle consolation dans les quelques bribes de vérité de son missel ? Heureusement, grâce à Dieu, Michelle est là pour l’entourer et la réconforter avec les promesses solides des Écritures Saintes.

La fille du roi
Finalement, Anne n’aura que des filles, et le roi, refusant de se séparer d’elle, décidera de faire passer le trône par le mariage de leur fille. Entretemps, l’influence de Michelle n’est pas peu de chose. Passant de fille d’honneur à secrétaire, elle participe aux négociations politiques et à l’écriture de lettres décisives. Ensuite, ayant toute l’affection et l’estime de la reine, celle-ci, avant de s’éteindre, lui demande d’élever sa deuxième fille comme la sienne. Dès lors, la chère petite Renée, 4 ans, bénéficiera d’une éducation aux repères spirituels durables ; elle grandira en rayonnant d’amour pour Dieu, pour Sa Parole, et pour les chrétiens qui en font autant.

Cela se traduira aussi par l’audace d’accueillir des réformés persécutés en grand nombre, quitte à mettre sa propre vie en péril. Si les murs de sa résidence à Montargis pouvaient parler, ils nous raconteraient comment lors de la première guerre de religion, alors que les troupes catholiques entourent le château et menacent de tirer le canon, Renée refuse de livrer les réformés réfugiés sous son toit, et avise qu’elle se mettait elle-même sur la brèche…

La sœur du roi
1515 : Louis XII décède, François Ier arrive sur le trône. Le nouveau roi n’apprécie pas les opinions politiques de Michelle, et lui montre la porte. Malgré cela, le palais parisien ne manquera pas de femmes assoiffées de la Bible. Marguerite d’Angoulême, sœur du nouveau roi vient habiter le Louvre. Elle, qui aime tant la Parole de Dieu, la littérature et la poésie, organise à la Cour des séances de prose pour remplir les longues soirées d’hiver et s’entoure d’érudits pour entamer des études profondes de la Bible.

François Ier et sa soeur fondant le Collège de France
Statue en marbre blanc d’Eugène Guillaume, 1905
Place Lezat, Bagnères-de-Luchon

La sœur du roi n’a pas froid aux yeux. Elle embauche le professeur Jacques Lefèvre d’Étaples pour traduire la Bible en langue accessible au peuple (le français de l’époque), et la fait imprimer en grande quantité. Comble de l’audace, quand le Nouveau Testament sort de presse en 1523, la préface semble lancer un défi : « Qui pourrait défendre aux enfants de posséder, le lire et l’ouïr, non une fois, mais ordinairement, et telle est aussi à l’intention du roi… »

Et oui, qui pourrait interdire sa lecture à tout le monde ? Et bien, l’autorité catholique parisienne condamne l’édition au feu. Seulement, depuis son cachot à l’étranger, le roi est informé de cette intention, et intervient pour l’en empêcher. Cette femme de lettres publiera aussi des poèmes aux opinions clairement réformés, comme d’insister que l’intervention directe de Dieu dans le cœur soit le seul moyen de salut. Ce livre fera plus que jaser. Le comité de lecture de la Sorbonne en est heurté, mais sans se donner la peine de préciser en quoi il n’est pas d’accord, se montre plutôt contrarié qu’une femme se permette d’écrire sur la théologie. Finalement, en tant que sœur du roi elle ne sera pas personnellement touchée, mais l’imprimeur mourra brûlé avec les livres comme combustible.

Les historiens ne manquent pas de relever qu’elle partageait quelque chose d’unique, un lien exceptionnellement rare avec le roi, son frère, et que cette place privilégiée, elle la mettait à bon profit, comme lorsqu’elle propose que le Collège de France ouvre ses portes pour donner des cours gratuits afin que la connaissance soit accessible à tous.

Avant tout, Marguerite d’Angoulême laisse le témoignage fort d’une femme habitée par Dieu. Elle fut l’une des princesses les plus aimées de tous les temps, belle, gracieuse, généreuse, simple, modeste, éduquée. Toujours mettant en avant le bien public, elle rendait visite aux malades, apportait des vivres aux pauvres et fondait des orphelinats. Vraiment un cœur d’or.

La sœur du grand maître de France
1534 : La princesse, devenue reine de Navarre, s’apprête à quitter le Louvre quand une autre femme arrive au palais parisien, Louise de Montmorency. Celle-ci avait déjà servi un court moment de dame d’honneur pour Anne de Bretagne et donc avait côtoyé Michelle, qui l’avait mise sur la voie des vérités évangéliques. La voilà de retour pour servir de dame d’honneur pour la deuxième épouse du roi, Éléonore de Habsbourg. À la Cour, cette grande dame, estimée de tous, rayonnera d’une foi si vivante que, lorsque sur son lit de mort elle refuse l’extrême onction en disant qu’elle n’en a pas besoin, personne ne le conteste. Ses dernières paroles témoignent clairement d’une ferme certitude de salut en Jésus-Christ.

Le décès de Louise de Montmorency ne mettra pas fin à son influence. Cette mère chrétienne avait bien veillé sur l’éducation de ses enfants, notamment ses fils, qui développeront des qualités notoires. Lorsqu’ils adhéreront aux idées réformées, une vingtaine d’années après la mort de leur mère, leurs conversions seront fulgurantes. Nous parlons ici de l’amiral Gaspard de Coligny, du cardinal Odet de Coligny et de François d’Andelot, acteurs importants dans le courant de la Réforme. Derrière ces grands hommes, se cachait aussi une femme exceptionnelle.


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